L’agence de géographie affective se propose de dresser la carte de l’imaginaire partagée des territoires qu’elle explorent. Par le biais d’une exploration des récits, de l’espace sonore, elle s’attache a parcourir des paysages et des lieux, à aller à la rencontre de ses habitants.
l’Agence de Géographie Affective est un projet né à l’occasion d’une intervention sur le quartier de la Benauge en Décembre 2008.
Projet artistique et culturel contextuel, qui se dessine au long cours, il a vocation à aller a la découverte de situations et de contextes variés.
Son mode opératoire ainsi que les médias qu’il met en jeu n’ont pas de formes prédéfinies, et se pensent en regard d’une situation.
C’est une histoire de rencontre.
Rencontre d’abord entre nos deux pratiques, celle d’un conteur et d’un preneur de son.
Rencontre de nos questionnements, sur la place de l’intime dans la vie publique, sur les espaces que l’on partage.
C’est une histoire de rencontres, parce que c’est la source et l’enjeu primordial de notre travail. 
Acte premier de nos pratiques,
le recueil de parole et la ballade sont à la source de nos démarches.
Des nouveaux espaces à défricher ?
Nous vivons aujourd’hui dans l’apparence d’un monde sans terra incognita. L’espace que l’on partage aurait livré tous ses mystères, tout aurait été mesuré, parcouru, arpenté. Des satellites nous relaient en permanence l’état
de la planète. Il suffit d’allumer son ordinateur pour avoir une image chaque jour plus précise de n’importe quels espaces du globe. Que nous reste-t-il alors
à découvrir ?

Nous pensons qu’il reste des portions d’espaces entiers à arpenter, que l’espace habité possède en lui-même la capacité de générer de l’affect, que les lieux se chargent des histoires que l’on y projettent, que les souvenirs s’inscrivent dans les murs, que les projets et les désirs que l’on y fait s’inscrivent dans le paysage.
C’est ce voile immatériel, ce calque profondément intime qui se posent sur les lieux que l’agence de géographie affective se propose d’explorer, et de cartographier.
Au centre de ces questionnements, que ceux-ci passent par le filtre du conte ou se donnent à entendre, c’est la question d’une parole adressée qui nous rassemble.
de la nécéssité d’une parole populaire
L’homme a aujourd’hui la capacité neuve de s’adresser directement et personnellement à l’ensemble du monde.
Blog, mail, texto, lm, langage immatériel, permettent de transcender les distances, annihilent le rapport au support dans la transmission de la parole. La masse des discours, des récits, des sensations, que chacun perçoit, n’a de fait, jamais été aussi importante. Dans le même instant, de par cette profusion même, cette capacité à produire une parole qui “émerge” du ot n’a jamais été aussi mise à mal. Les dissonances croissantes entre récits colportés par le monde médiatique, la publicité, les discours politiques et une réalité effectivement vécue sont sources d’angoisse et d’un malaise grandissant.
Nous sommes semble-t-il, face à un paradoxe évident : une capacité nouvelle à participer à ce continuum informatif et une nécessité qui reste insatisfaite à redevenir auteurs d’une parole populaire, d’un récit collectif, à transmettre des histoires intimes ou collectives porteuses de sens.
Nous défendons l’idée de l’importance d’un art de la parole populaire, comme outil citoyen de dé- bat, d’autocritique, de regard sur la ville, de réappropriation de l’espace du politique.
des fables urbaines
Les territoires urbains sont devenus le cadre de “fables” qui tentent de remettre du sens dans des espaces devenus non maîtrisables. Les urbanistes ne sont plus seul pour faire la ville : plan d’aménagement, mais aussi logique foncière privés, politique sécuritaire, influencent le devenir de nos espaces quotidiens, en dessinent les contours et les règles du jeu.
Où se situent donc ces cités et ces banlieues dont les médias font leurs pains quotidiens? Pour celui qui s’attarde sur une photo aérien- ne, cette réponse n’est pas si évidente qu’elle en l’air.
Pour celui qui prend le temps de l’exploration, une réponse devient rapidement évidente: ces territoires n’existent plus, puisqu’ils “sont” devenus la ville.
Continuum périphériques, aux contours toujours plus ous, ils ne sont dénis que par la négative: en regard de centre ville ancien en gentrification, dont la population ne représente en général qu’une fraction in me et peu représentative de la ville. Elles enserrent un souvenir de cité qui tendrait à produire le discours d’agglomération devenue fantasme d’elle-même.
Parler des “problèmes des banlieues” reviendrait à parler des problèmes de pauvretés, de cette ville que l’on ne veut pas regarder dans les yeux, jusqu’à l’exclure sémantiquement. La «grande ceinture parisienne» , les «grands ensembles», autant de terme pour parler d’une ville qui n’en serait pas une.
La carte, la simulation, la modélisation, sont aujourd’hui les outils d’une croyance en une planification urbaine qui cherche à maîtriser le discours sur des territoires qui poussent d’eux même.
Mais ces “fables d’espaces” , qui n’existent que dans l’imaginaire vision d’une “réconciliation urbaine”, si une analyse rapide permet d’en démontrer l’incongruité, n’en exercent pas moins un pouvoir de domination. Illusionnisme sémantique , tour de passe passe métaphorique et fictionnelle aux conséquences bien réelles.
L’agence de géographie affective réinterroge la carte, en reprenant pied avec les figures d’un imaginaire vécu, tente d’en révéler quelques mystères, de se faire l’écho de fantasmes bien différents de ce que les raconteurs de territoires voudraient cerner.
Une manière de replacer l’habitant au centre d’une ré exion citoyenne, qui doit avoir prise avec la construction de son cadre de vie.

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